Une nouvelle voie pédagogique est possible !

par | Nov 4, 2016 | apprendre

J’avais envie de parler aujourd’hui d’une pédagogie qui est peu connue en France. Elle gagne à être encore plus démocratisée. Il s’agit de la pédagogie italienne Reggio.

Je ne prétends pas être une spécialiste et je vous parlerai de ce que j’en ai compris.

Je vous parlerai aussi de la qualité de l’espace accueillant ces enfants et des adultes encadrant ces activités.

À la découverte de la pédagogie Reggio : une approche globale de l’enfant pour cultiver la créativité et la pensée divergente.

Cette pédagogie Reggio est une philosophie et une pratique de l’éducation, à l’origine pour les jeunes enfants, développées au cours des années 1960 par Loris Malaguzzi dans sa ville de Reggio Emilia.

On peut résumer cette approche, radicale, par quelques principes :

  • les enfants ont une motivation et une capacité extraordinaires d’apprentissage de toutes choses ; il suffit de ne pas les en empêcher et de leur en donner les moyens ;
  • ce sont les enfants et autres apprenants qui apprennent ; ce ne sont pas les enseignants qui inculquent, la pensée, l’expressivité ou encore moins la créativité ;
  • les enfants et adultes coopèrent pour le bien de chacun et de tous, et de la communauté ; alors que d’ordinaire se sont les adultes qui décident, imposent et contrôlent à peu près tout : objectifs, cursus, contenus, méthodes, moyens, organisation, temps et lieux…

Dans le poème qui suit, Loris Malaguzzi souligne  l’importance de la multiplicité des langages des enfants :

L’enfant est fait de cent.
L’enfant a cent langages
cent mains et cent pensées
cent façons de penser
de jouer, de parler,
cent toujours cent
cent façons d’écouter
d’étonner et d’aimer
cent joies pour
chanter et comprendre
cent mondes à découvrir
cent mondes à inventer
cent mondes à rêver.

L’enfant a cent langages
(et puis cent cent cent cent)
mais on lui en vole 99.

École et culture
séparent tête et corps.
On lui dit de :
penser sans les mains
faire sans la tête
écouter sans parler
comprendre sans joie
aimer et s’étonner
à Pâques et Noël uniquement.
On lui dit de :
découvrir le monde
qui existe déjà
et sur cent
on lui en vole 99.
On lui dit que :
le jeu et le travail
la réalité et la fantaisie
la science et l’imagination
le ciel et la terre
la raison et le rêve
sont des choses qui
ne vont pas ensemble.

En somme, lui dit-on,
le cent n’existe pas.
L’enfant dit cependant :
le cent est bel et bien.

Je trouve cela très beau, aborder l’enfant par le multiple, le rêve et l’expérimentation. Admettre avec l’enfant que la réalité et la fantaisie ne sont pas incompatibles, comme le prétendent beaucoup d’adultes.

Mais alors comment fonctionne une telle pédagogie ?

Cette pédagogie est une expérimentation plutôt qu’une pédagogie figée. Comme point de départ, Malaguzzi s’est posé une question difficile : quelle image ai-je de l’enfant ?

Lui-même définit l’enfant comme plein de richesses et de ressources dès la naissance. Les enfants sont tous doués, créatifs, inventifs et possèdent tous un potentiel extraordinaire qui ne cessera jamais d’étonner les adultes. C’est donc une vision profondément optimiste qui guide la pédagogie Reggio.

 

La pédagogie Reggio s’appuie sur ces grands principes :

écoute et relations humaines

Un temps de l’échange et de la proposition créative est donné à des moments précis de la journée, l’accueil, la fin de journée et à des moments clés en cours d’expérimentation. L’adulte est là pour recevoir ces échanges, il ne les provoque pas. Les adultes se retrouvent chaque fin de journée pour partager leurs regards sur les expériences des enfants, préparer le lendemain et accompagner les actions futures. Les parents sont accueillis lors de ce temps de discussion entre adultes.

 

environnement

La richesse et la diversité de l’environnement passent par l’introduction de nombreux matériels, de diverses techniques et de la pensée simultanée des mains et du cerveau. L’environnement est un enseignant à part entière. L’espace est construit comme un atrium central d’où convergent des espaces d’expérimentation, lumière et ombre, miroir, socle, gradins… tout un panel d’outils spatiaux sont mis à profit de l’expérimentation.

 

transgression

Douter des vérités les plus rigides qui freinent la possibilité de penser différemment et cultiver l’imagination sont deux idées maîtresses qui fondent l’expérimentation.

 

esthétisme

La pédagogie de Malaguzzi est aussi esthétique en raison de sa capacité de révélation, de son aptitude à montrer l’essentiel sous des angles nouveaux, en rapprochant des éléments apparemment éloignés.

 

100 langages

Les racines de la connaissance sont multiples, le processus d’apprentissage n’est pas linéaire, la réalité présente de nombreux avantages, et les choses “dansent ensemble”. Tous les langages possèdent leur propre capacité expressive. Il n’y a pas de hiérarchie dans les langages (écriture, peinture, théâtre, photographie, parole, marionnette…)

 

complexité

Les connexions ne sont pas nécessairement données, l’individu doit les fabriquer ou les vivre et, ce faisant, apprendre. La création de connexions est le souci principal. Les images, les langages du son, de l’odeur, de la lumière et du toucher renforcent la perception des connexions entre toutes choses.

 

espérance et foi en l’avenir

L’avenir est plein de possibilités. Quelque chose d’inattendu, de surprenant, de provocant, va découler des connexions que l’on crée.

 

processus

Au lieu de considérer uniquement le résultat final d’une œuvre, la pédagogie Reggio s’intéresse également aux processus créatifs. Les deux s’entrelacent et participent à l’invention créative. C’est pour cela que le temps de partage lié à l’observation des enfants en cours d’expérimentation est important.

 

Avec la pédagogie Reggio, on peut laisser libre cours aux expérimentations des enfants, leur proposer des invitations ou les accompagner en fonction de leurs demandes.

Cette notion d’invitation est centrale et exaltante : on invite l’enfant à créer en mettant à sa disposition des objets, du matériel pour provoquer des pensées, des questions, des discussions, des intérêts ou encore des idées, inviter les enfants à explorer le matériel et à s’exprimer. Les provocations peuvent être présentées de manière très simple (juste une photo ou un objet posé sur une table) ou plus élaborée (par exemple, une table sur laquelle sont posés des matériaux recyclés à côté d’un livre sur les robots et un schéma pour fabriquer un robot à partir de matériel recyclé).

Nous reprenons ce principe de base dans nos ateliers : une œuvre de référence, un plan de ville, une ballade urbaine, les supports varient pour permettre l’expérience et la rencontre. L’important est que les provocations soient présentées de manière attractive, en insistant sur la beauté de la chose. Elles doivent demeurer ouvertes et sujettes à exploration, à une utilisation libre : si l’enfant ne suit pas l’objectif qu’on avait prévu en mettant en place la provocation, ce n’est pas grave. Il aura quand même fait un apprentissage, une création, une découverte… pas celle qu’on avait prévu mais celle qui l’intéressait lui. Dans la pédagogie de Reggio, l’éducateur est l’accompagnateur de l’enfant. Il crée une atmosphère de bien-être, de confiance et de dialogue, il écoute l’enfant, l’observe et le soutient dans ses découvertes par son propre intérêt et son accompagnement actif. Il met au service de l’enfant les ressources nécessaires à ses activités, communique et relate en équipe les progrès expérimentaux accomplis par l’enfant, et conseille les parents. Dans chaque classe un artiste est présent pour accompagner l’enfant dans sa créativité. Des musiciens également accueillent et rythment la journée.

A Reggio, l’espace est le troisième éducateur ce qui peut se comprendre de différentes façons.

Les espaces communiquent entre l’extérieur et l’intérieur : relation avec l’environnement.Certains espaces offrent à l’enfant sécurité (salles offrant la possibilité de se ressourcer), d’autres lui proposent des activités (ateliers, salles de rencontres). Les salles réservées à la création et aux découvertes sont ouvertes et enfants et éducateurs peuvent les compléter ou les aménager selon leurs besoins. On y trouve typiquement des miroirs de différentes formes, des coins déguisements, théâtre d’ombres, des boîtes aux lettres, des projecteurs et des lampes.

L’importance de la lumière, naturelle et artificielle est primordiale et met en scène les espaces.

Une rotonde et un amphithéâtre sont placés au centre de l’espace, lieu de regroupement et d’échange, entre enfants mais aussi entre enfants et parents et entre parents et éducateurs.

Tout ceci interpelle l’enfant et l’incite à définir son identité corporelle, à accepter d’essayer d’avoir un autre rôle, de communiquer avec les autres.

Lien vers la vidéo la scuela Diana : http://www.reggiochildren.it/

Nous vous proposerons des activités Reggio prochainement… alors dites nous si vous êtes intéressés, en nous laissant un commentaire.

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